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19. août 2013
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Une prise quotidienne d’AAS semble protéger efficacement contre certains cancers, selon une étude. Les scientifiques ont récemment étudié le mécanisme qui pourrait se cacher derrière les propriétés anti-cancéreuses de l’aspirine.

L’acide acétylsalicylique (AAS) semble véritablement avoir de multiples propriétés. Après un AVC ou une crise cardiaque, l’ingrédient actif empêche l’agglutination des plaquettes sanguines et cet anticoagulant aide aussi contre la fièvre, la douleur et l’inflammation.

Une étude sur l’AAS déclenche l’euphorie

Au cours des dernières années, il y a eu plusieurs preuves que des doses quotidiennes d’aspirine peuvent même protéger contre le cancer. Début 2012 une méta-étude publiée dans « The Lancet » avait plongé le monde médical dans l’euphorie : des scientifiques avaient analysé 51 études qui aboutirent à une relation entre la dose quotidienne d’aspirine et le risque de maladie vasculaire. Ils constatèrent que l’aspirine réduit aussi apparemment le risque de mourir de cancer. L’effet observé était presque étonnant : pendant la période d’observation de cinq ans, la prise quotidienne d’aspirine pouvait réduire le risque de mourir de cancer jusqu’à 37 pour cent.

Une faible dose semble suffisante

Que l’AAS soit d’une manière ou d’une autre efficace contre le cancer n’est pas particulièrement une nouvelle découverte. Il existe des conjectures à ce sujet depuis plus de 20 ans. Une étude à long terme sur ce sujet fut également publiée en Janvier 2011 dans « The Lancet ». Elle montra une réduction du risque de décès par cancer de 21 pour cent chez les sujets ayant pris quotidiennement une faible dose d’aspirine (75 milligrammes) pendant au moins quatre ans. Le groupe témoin reçut un placebo. Le taux de mortalité inférieur s’est maintenu même 20 ans après le traitement à l’AAS, signalèrent les médecins. L’effet s’améliora même avec l’âge des patients et la durée de la prise d’aspirine.

De retour sur le terrain des faits

Mi-2012 parut une autre méta-étude qui portait sur le potentiel de l’aspirine dans la prévention du cancer. Là, les scientifiques évaluèrent les données de plus de 100 000 femmes et hommes qui participèrent à la Cancer Prevention Study II américaine. Ici, la dose quotidienne d’aspirine réduisit, cependant, de seulement 16 pour cent le risque de mourir de cancer. « À l’heure actuelle, nous pouvons simplement dire avec certitude que l’aspirine réduit la mortalité liée au cancer et l’ampleur du cancer », déclara Bernhard Woermann, directeur médical de la Société allemande d’hématologie et d’oncologie (DGHO), concernant ce taux. « Par rapport à la première étude [sur le risque diminué de 37%], celle-ci nous ramène à la réalité. La vérité se situe probablement quelque part entre les deux ».

Comment l’AAS affecte le taux de mutation ?

Bien que les résultats de ces études ne soient numériquement pas complètement conformes, l’effet positif de l’AAS concernant la mortalité par cancer est significatif. Jusqu’à récemment, les raisons de cet effet étaient encore peu claires. Récemment, les scientifiques ont exploré le mécanisme qui pourrait être derrière les propriétés anti-cancéreuses de l’aspirine. Dans une étude, une équipe de généticiens et de gastro-entérologues examinèrent des échantillons de13 patients chez lesquels la condition précancéreuse correspondant à un œsophage de Barrett fut diagnostiquée. Nous parlons ici d’une transformation métaplasique de l’épithélium de l’œsophage. Les scientifiques ont étudié l’évolution clinique des patients et le taux de mutation dans l’œsophage de Barrett durant 6 à 13 ans, basé sur les biopsies de 161 patients. L’objectif de l’étude était de détecter le taux de mutation dans des échantillons de tissus à différents moments après administration d’AAS. « C’est la première étude qui a examiné le taux de mutation dans l’ensemble du génome de tissus précancéreux depuis plus d’une décennie. Et la première à évaluer comment l’aspirine affecte ce taux de mutation », selon le Dr Carlo Maley, l’un des auteurs de l’étude, de l’Université de Californie à San Francisco, USA.

Comparaison des taux de mutation avec et sans aspirine

Onze des 13 patients de l’étude n’avaient pas pris au cours des six dernières années (en moyenne), de médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et ont donc commencé au cours de l’étude une prise d’aspirine quotidienne sur, en moyenne, cinq ans et demi. Deux patients avaient déjà pris pendant en moyenne trois ans des AINS puis y renoncèrent sur les près de 8 années suivantes. Ainsi, les scientifiques ont pu examiner les taux de mutation selon différents types de prise d’AAS sur le modèle de l’œsophage de Barrett précancéreux. La répartition par sexe et race des patients de l’étude a suivi la démographie connue du cancer de l’œsophage. « Cela affecte principalement les hommes blancs d’âge moyen », a déclaré Maley. Mais l’œsophage de Barrett évolue rarement en cancer de l’œsophage. Des études suggèrent que le risque de développer un adénocarcinome, le carcinome de Barrett, sur le terrain de l’œsophage de Barrett est de 0,12 à 1,5 pour cent par année-patient. D’autres études ont montré que l’ingestion d’AINS peut réduire considérablement ce risque. Les échantillons de tissus provenant de 11 des 13 patients ont montré que le taux de mutation a diminué de 10 fois lors de l’ingestion d’aspirine. Un patient chez qui ce n’était pas le cas a été diagnostiqué comme développant un cancer de l’œsophage au cours de l’étude. « L’aspirine ne fonctionne probablement pas de la même manière chez tout le monde », suggèrent les auteurs de l’étude sur la cause de ce fait. Une étude avec plus de sujets pourrait clarifier cette question.

Résistances aux médicaments grâce aux mutations

« Le cancer est une maladie qui se développe au fil des décennies en raison des nombreuses anomalies dans le génome de cellules par ailleurs normales », écrivent les chercheurs. Des mutations dans les tissus cancéreux sont beaucoup plus fréquentes que dans les tissus sains. Ainsi, différents groupes de cellules au sein d’une tumeur mutent de différentes façons. À un certain moment, des mutation-clés mettent la croissance des cellules tumorales hors de contrôle. « Les différentes mutations contribuent également à la résistance aux médicaments », continuent les scientifiques. « C’est seulement quand une tumeur après de nombreuses mutations arrive à bien s’adapter aux traitements, qu’elle peut alors facilement produire une population de clones cellulaires qui survivent bien et peut se développer à nouveau », a déclaré Maley. Les tumeurs avec, grâce à l’AAS, un taux de mutation bas s’adaptèrent mal et mourraient grâce aux mesures thérapeutiques habituelles, explique le scientifique sur cette nouvelle approche avec l’anticoagulant.

Moins de médiateurs de l’inflammation

Maley et ses collègues suggèrent que l’effet anti-inflammatoire de l’aspirine pourrait être la raison pour laquelle le médicament ralenti le taux de mutation dans le tissu cancéreux. L’inflammation est une réaction du système immunitaire et a été rapportée à plusieurs reprises ces dernières années en relation avec des cancers. « Une inflammation réduite grâce à l’utilisation de l’aspirine dans les tissus précancéreux conduit à une diminution de la production d’oxydants, qui sont connus pour endommager l’ADN », a déclaré Maley sur la relation entre AAS et un ralentissement du taux de mutation. De cette façon, les signaux de stimulation de la croissance seraient atténués pour la tumeur. Dans le futur, Maley veut examiner de plus près avec son équipe comment les médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens affectent exactement le taux de mutation et le développement du cancer. En tant que modèle, ils utiliseront l’œsophage de Barrett précancéreux et le cancer de l’œsophage. Les chercheurs veulent aussi tester ces relations sur le cancer du poumon. Leurs conclusions pourraient changer les stratégies actuelles de traitement pour le cancer : « plutôt que d’essayer de tuer toutes les cellules cancéreuses, il pourrait être préférable d’arrêter ou ralentir la croissance de la tumeur et les mutations », a déclaré Maley.

L’aspirine en prévention n’est pas exempt d’effets secondaires !

Avant d’avoir exactement étudié les groupes de personnes (incluant le groupe d’âge et les doses) chez lesquelles les AINS pourraient être profitables dans la prévention du cancer, il est fortement déconseillé de prendre un de ces médicaments seul en prévention de cancer. Parce que l’aspirine n’est pas exempt d’effets secondaires : avec la prise d’aspirine, le risque de saignement important dans l’estomac, les intestins et le cerveau augmente. « C’est surtout parce que le risque après la prise est immédiat alors que l’effet bénéfique se produit beaucoup plus tard que les deux doivent être soigneusement comparés les uns aux autres », avait déjà écrit John Baron de l’University of North Carolina School of Medicine, dans un éditorial sur la méta-étude américaine en 2012. D’ici là, pour le petit déjeuner, on doit se contenter d’un café et d’un bon journal – pas d’aspirine !

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1 commentaire:

C’est totalement fou comme moyen préventif. C’est tout le contraire du rêve à l’innovation thérapeutique. C’est de la fiction thérapeutique. Il ne faut pas encourager ces genres d’alternatives thérapeutiques. Elles sont très contraignantes par la durée du traitement, l’observance du traitement, les effets secondaires imprévisibles souvent masqués dans ces études de long court. Leur efficacité n’est jamais démontrée , souvent mitigée, des protocoles d’études cliniques à plusieurs lacunes, beaucoup de biais….
L’alimentation est une meilleure alternative sinon la solution miracle pour la prévention des cancers digestifs, contrairement à une prise d’aspirine en continue sans fin.
ça donne de la nausée de penser à une telle approche préventive des cancers par l’aspirine.

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