Les spermatozoïdes des soixantenaires sont-ils périmés ?

20. octobre 2011
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Le risque d´avoir des enfants handicapés augmente chez les femmes de plus de quarante ans, avant leur ménopause. Les hommes peuvent encore avoir des enfants même à un âge avancé. Mais quels risques y a-t-il pour cette nouvelle génération ?

« Kaiser Franz » avait presque soixante ans quand le cinquième enfant de la star du football vint au monde, l´ancien ministre des finances Theo Waigel en avait 56 quand il offrit de nouveau un enfant à l´ancienne championne de ski alpin Irene Epple. Dans quelques semaines, le premier bébé du couple de Nicolas Sarkozy (59) et Carla Bruni (44) arrivera. Presque personne n´a de doutes sur le fait que ces personnes, qui ont plutôt l´âge d´être grand-père, sont ou seront des pères attentionnés.

Ces célébrités ne sont pas les seules à se permettre d´avoir un enfant un peu avant ou après leur retraite. Dans les pays industrialisés occidentaux, l´âge pour devenir parents a fortement augmenté au cours des dernières décennies. Au milieu des années soixante-dix, l´âge moyen pour devenir mère était de tout juste 27 ans, de 29 ans pour le père. A l´heure actuelle, les deux parents ont à peu près trois ans de plus. Mais un enfant sur cent né d´une mère de plus de quarante ans souffre de trisomie 21. Quel est le risque de défaut génétique pour les descendants de pères âgés, personne ne le sait.

Pour chaque année supplémentaire, on réduit la vitesse des spermatozoïdes.

Alors que la mère est le plus souvent responsable du syndrome de Down, il y a toute une série de maladies et d´anomalies qui s´accumulent avec l´âge de l´homme reproducteur chez les rejetons de personnes seniors, comme des anomalies de croissance telles que l´achondroplasie ou le syndrome d´Apert, mais aussi des atteintes mentales comme l´autisme, la schizophrénie, l´épilepsie ou des troubles bipolaires. De manière générale, la qualité des spermatozoïdes, et conjointement la fertilité, diminuent, cela dès l´âge de trente ans. Ainsi, Brenda Eskenazi de l´université américaine de Berkeley arriva à une diminution du taux de mobilité de 0,7 pour cent par an. Cependant, les résultats des études ne correspondent pas toujours à cela. En tout cas, une équipe belge n´a pas trouvé de différence en morphologie, concentration et mobilité des spermatozoïdes en comparant le sperme des jeunes trentenaires et celui des quarantenaires.

Une vue précise sur les modifications de l’ADN de ces spermatozoïdes indique qu´il s´agit surtout de mutations spontanées qui polluent le patrimoine héréditaire des zygotes. La nature a ainsi souvent l´occasion d’intervenir sur le génome des gamètes lors de la spermatogenèse. Tandis que les ovocytes se divisent 24 fois avant de quitter l´ovaire, les cellules germinales masculines se divisent tous les 16 jours après la puberté. A l’âge de 40, elles ont ainsi près de 700 mitoses derrière elles.

Hotspot dans les spermatozoïdes des seniors : FGFR2

Des chercheurs étudiant les spermatozoïdes consacrent une attention particulière au gène de récepteurs au facteur de croissance des fibroblastes (FGFR2 et FGFR3) qui sont responsables de malformations du crâne. Dans le syndrome de Crouzon (déformation du crâne par soudure prématurée), les mutations « de novo », fréquentes, vont presque exclusivement apparaître sur la partie du génome provenant du père. Des chercheurs ont trouvé plus de 40 aberrations différentes de l´ADN dans le gène FGFR2. Le syndrome d´Apert dont la probabilité augmente avec l´âge du père, se réfère également à ces gènes. Encore peu étudiés, mais probablement aussi responsables, il y a les défauts épigénétiques, des anomalies de l´expression de gènes importants dans le génome.

Risque augmenté : autisme, schizophrénie, troubles bipolaires

En revanche, il y a quelques études très instructives sur le lien entre les spermatozoïdes séniles et les enfants autistes. Les données de recrutement de l´armée israélienne ont été utilisées par des épidémiologistes, permettant de relier l´âge du père avec un total de 110 enfants autistes. Selon leur analyse, le risque d´avoir un enfant handicapé augmente de six fois lorsque les hommes ont plus de quarante ans en comparaison avec ceux qui ont la vingtaine lorsqu´ils fondent une famille. Une étude américaine conclut de même à un risque de 22 pour cent supplémentaire par décennie du père. Cette part correspondant à l´âge de la mère était encore plus importante : 38 pour cent.
D´autres risques pour les enfants nés de pères d´âge avancé sont indiqués dans une étude suédoise sur les troubles bipolaires. Une étude de synthèse sur la schizophrénie rassembla les valeurs de différentes recherches, donnant une augmentation de son occurrence de deux à quatre fois en comparaison avec la descendance d´hommes en plein âge reproductif. Des recherches sur les animaux utilisant des souris ont confirmé entre-temps que des mutations génétiques apparaissent particulièrement dans des gènes liés à l´autisme et la schizophrénie.

Des enfants plus intelligents avec un père jeune et une mère plus âgée

John McGrawth du Queensland australien s´intéresse de manière générale à l´intelligence des enfants d´hommes qui ont une grande expérience de la vie. En 2009, il publia les résultats étonnants de ses études épidémiologiques dans le journal « PloS Medicine ». Il évalua les données d´environ 33 000 enfants américains qui furent testés pour leurs fonctions cognitives comme la concentration, l´apprentissage et la compréhension à l´âge de huit mois, quatre et sept ans. Alors que l´âge du père influe de manière négative sur ces aptitudes, ces capacités ont plutôt tendance à augmenter chez les enfants dont la mère a un âge avancé. Il n´y a jusqu´à présent aucune explication à ce phénomène.

Des résultats d´imagerie par résonnance magnétique indiquent aussi des changements dans l´anatomie du cerveau : lors de l´analyse de la substance grise, il s´avère que les enfants avec un père âgé ont une plus faible surface corticale, les mères âgées quant à elles en font diminuer le volume. Les chercheurs ne virent aucune différence dans la substance blanche.

Les papas seniors coûtent deux ans d´espérance de vie

Avec les données de près de 103 00 couples, un groupe danois calcula le lien entre la mortalité infantile jusqu´à l´âge de la majorité et l´âge du père. Les aînés donnent ainsi à leur descendance un risque une fois et demi supérieur de mourir à un âge précoce. Une équipe de Russie publia en 1997 dans « Science » des résultats selon lesquels les filles dont le père avait plus de 45 ans à la naissance perdent près de 2 ans d´espérance de vie.
Jusqu´à présent il n´y a que peu d´informations pour déterminer à quel point la protection sociale des pères âgés influe sur la vie et la santé de leur progéniture. Car la plupart du temps, les troubles causés par les spermatozoïdes vieillis sont assez rares. Gideon Sartorius et Eberhard Nieschlag de Münster et Bâle ne voient en tout cas pas de raison pour mettre en place des procédures invasives durant la grossesse, contrairement au cas des femmes dans la quarantaine.
Toutefois, au-delà de la médecine, d’autres aspects jouent aussi dans la décision de faire ou non un enfant : par exemple l’énergie déclinante pour gérer l’éducation des enfants et la diminution des possibilités de garde par les grands-parents. Enfin, « l’homme » peut encore agir pour tenir le plus en forme possible son trésor dans les testicules : avoir une alimentation équilibrée. En particulier, la vitamine B12 et l´acide folique semblent jouer un rôle important dans la lutte contre les mutations créées par les radicaux d’oxygène. Finalement, la santé de l´homme n’est pas seulement utile à ses gamètes, mais l’aide aussi à gagner plusieurs années de temps commun avec sa nouvelle progéniture.

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1 commentaire:

Dr Pierre-Louis Tharaux
Dr Pierre-Louis Tharaux

Il y a évidement des déterminants sociaux majeurs susceptibles de biaiser ces associations. Ce ne sont pas les mêmes hommes qui fondent une famille à 50 ans et à 25 ans. Qu’en est-il chez les animaux?

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